Ça ne me tente pas!

Certains appellent ça de la procrastination, moi j’appelle ça « la force invisible qui m’empêche de faire ce que j’ai à faire ».  C’est une force maléfique, une force envoutante… qui me paralyse.

Ceux qui n’en sont pas atteints y voient de la paresse, de la négligence ou du laisser aller.  Mais je vous le dis, c’est une souffrance atroce, c’est douloureux comme des courbatures, un mal de dent.

Wikipedia nous dit : « La procrastination est une tendance à remettre systématiquement des actions au lendemain ».  Oui mais c’est plus que ça.

Je ne remets pas à plus tard n’importe quelle action ou tâche, dans les faits, je ne choisis même pas.  Dès que quelque chose est « obligatoire et ennuyeux »  ça se déclenche automatiquement sans mon consentement.

Après deux semaines de vacances, j’ai passé une semaine complète à souffrir en pensant à mon retour au bureau.  Même des décisions que je prends moi-même (exemple écrire un article par semaine) me fait souffrir dès que je réalise que je vais devoir le faire et prévoir du temps pour le faire et ce, peu importe si quelque chose d’autre se présente.

On pourrait penser que c’est d’arrêter ce que je fais (qui me procure du plaisir) qui alimente la procrastination pourtant j’ai souvent autant de plaisir à faire la tâche que j’évite.  Parfois, dès que j’ai commencé l’autre action c’est fini, ce n’est plus difficile et d’autres fois, la difficulté de se mettre à la tâche demeure jusqu’à la toute fin.

Quand je regarde mon enfant TDAH à l’heure des devoirs c’est pareil… il passe tout son temps à aiguiser son crayon, jouer avec son efface, fixer le mur, réparer la pochette de son sac d’école, tourner sur sa chaise, etc. Il a soif ou faim, il a quelque chose à me dire ou à me faire signer… et c’est tellement évident à constater quand je ne suis pas impliqué.

Ce n’est pas scientifique mais je pense qu’il y a un lien avec l’opposition… on a de la difficulté à lâcher prise, à se soumettre.  Alors il faut travailler sur les éléments clés, c’est-à-dire « comment je me sens à ce moment précis? »

  • J’ai peur de manquer quelque chose d’intéressant?
  • Je me sens en punition?
  • Pourquoi je résiste?

Je n’essaye plus d’aimer le travail à faire car ça me demanderais trop de temps et j’argumenterais… Je plonge plutôt en me disant que je me débarrasse de cette tâche au plus vite pour faire autre chose qui me plait plus.

Béa

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A propos Béatrice

Adulte TDAH, maman de 4 enfants TDAH (hyperactif, dyslexique, lunatique, trouble d'opposition & provocation, anxieux, syndrome Gilles de la Tourette, etc.)
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13 commentaires pour Ça ne me tente pas!

  1. antoine dit :

    votre temoignage tombe a pic !!! ma fille semble aller tres bien…a part les devoirs de vacances (imposés pas l’école, nous sommes en Turquie)…mais cela veut-il dire qu’elle souffre de TDAH ??? l’opposition quand il faut faire les devoirs…mais quel enfant veut volontairement se mettre au travail pendant les vacances ? je ne souffre pas de TDAH mais me souvient que je piquais des crises a cause des devoirs que je ne voulais pas faire…je suis perplexe 😦

    • Béatrice dit :

      Je vous rassure; La procrastination est un trouble en soi dont les causes exactes ne font pas consensus, il y a des liens avec l’anxiété, la faible estime de soi, etc. Si vous tapez « procrastination » sur google vous aurez beaucoup de lectures intéressantes à ce sujet.
      Pour ce qui est du lien avec le TDAH, la procrastination est PRÉSENTE chez beaucoup de gens ayant un TDAH (en lien avec l’anxiété et l’estime de soi) mais ce n’est pas le critère menant au diagnostic.
      Tout le monde peut avoir à un moment donné ou un autre des difficultés qui sont des critères de TDAH mais la différence majeure réside dans leur fréquence et leur intensité.

  2. Tu as raison, Béa, le pire dans la procrastination, c’est qu’on a l’impression que c’est volontaire, ou pire, volontaire de façon inconsciente. On se dit : si je ne fais pas ça, c’est donc que je choisis de ne pas le faire.

    En fait, comme tu le pointes, ça échappe grandement à la volonté (expérience vécue quotidiennement pour moi aussi). J’ai passé des années à explorer avec plein de thérapeutes et de thérapies mes (supposées) volontés inconscientes de ne pas faire ceci ou cela, mais en fait, c’est bête et méchant : on ne se sent pas armé pour « ça », alors on a l’impression que c’est au-dessus de nos forces, alors on s’en détourne, parce que c’est (très) désagréable… en fait c’est tout simple.

    C’est comme si on nous donnait la mer à boire, on dirait : pfff.. ah non, pas tout de suite et pas d’un coup.

    Super, ton blog, continue !

    • Béatrice dit :

      Merci pour vos commentaires, il me font du bien. C’est une vraie thérapie d’entendre de purs étrangers apporter des précisions exactes sur des aspects de notre vie qui échappent souvent à ceux et celles qui vivent à nos côtés depuis 10, 20, 30 ans ou même plus… Je suis aussi très heureuse si le fait d’en parler aide d’autres personnes.

  3. mireille dit :

    Moi par exemple j’ai ce genre de réaction des que je dois faire une démarche administrative 😦 pourtant je sais écrire des lettres, passer des coups de téléphone…mais la vraiment a chaque fois je repousse, repousse, repousse…pour ma fille qui souffre de TDAH je vois qu’elle n’arrive pas a contrôler ses émotions dans certaines situations, comme faire ses devoirs ou tout ce qui est médicale, elle rejette en bloc et ne peut pas surpasser ce refus…heureusement avec les médicaments elle avance sur ce chemin…il faut aussi lui donner beaucoup de temps pour se préparer mentalement…
    Merci pour ces discussions tres interessantes

    • Béatrice dit :

      C’est exactement ça; on ne manque pas de capacités, de connaissances ou de savoir faire mais on bloque devant certaines actions à faire. Pour aider votre fille vous pourriez peut-être faire équipe, lui dire quels sont vos trucs, ce que vous vous dites (intérieurement) pour vous motiver, pour vous mettre à la tâche et lui demander d’échanger ses solutions. La route est longue pour changer ses habitudes et faire équipe dans ce qui nous est difficile (exemple; on se motive pour faire 15 minutes de la tâche qui nous ennuie puis on prend une pause ensemble et on reprend) est une solution qui pourrait vous rapprocher grandement.

      • mireille dit :

        Merci beaucoup Beatrice ! Je n’ai jamais pensé lui expliquer que moi aussi dans certaines situations je n’ai pas envie non plus…je lui dis simplement « aller plus vite on s’y met plus vite on sera débarrassé! » mais c’est vrai qu’on oublie que les choses qui nous paraissent clairs ne le sont pas forcément pour eux et qu’il faut constamment expliquer les choses…les enfants sont tout neufs dans la vie !!! merci je vais essayer 🙂

  4. Zoziau dit :

    Une simple devinette (qui peut se varier à l’infini) et qui m’a bien aidée : « Comment manger tout un éléphant ? Réponse : une bouchée à la fois. »

    Chaque tâche peut se découper en sous-tâches, très simples, très précises, et si on s’efforce d’oublier le reste, le but ou la tâche dans son ensemble, on peut se concentrer, ou se persuader que l’acte à accomplir est accessible, facile, qu’il n’est rattaché à rien… le séparer du tout oppressant : je remplis ce formulaire, je le signe et je le refile à la prochaine personne. La prochaine personne – soi, certes, mais plus tard, et détachée de la tâche précédente – n’a qu’un travail à faire : mettre l’adresse sur une enveloppe, plier le formulaire, le mettre dans l’enveloppe et fermer celle-ci. La prochaine personne (toujours soi !) s’occupera du timbre, et de glisser l’enveloppe dans la boîte.

    Finalement, la gestion du TDA/H au quotidien, c’est un truc assez schizophrène, je le constate souvent… Peut-être d’ailleurs la schizophrénie, bien gérée, est-elle un outil plus qu’une malédiction ?

    Autre exemple un peu schizo : ce soir, j’ai mangé, et je n’ai absolument pas envie de débarrasser. Ce fatras de machins sur la table me paraît impossible à aborder, je ne sais pas par quel bout le prendre (et pourtant, j’en ai débarrassé, des tables !!). Deux possibilités :

    1. Je ne débarrasse pas. Je me sens mal vis-à-vis de moi demain, découvrant le désordre (mais c’est un sentiment vague, je garde l’espoir que le désordre disparaîtra tout seul pendant la nuit).

    Le matin, en me levant, je découvre la table pas desservie. Et je suis furieuse contre moi, contre moi hier qui n’a pas eu assez d’amour et de considération envers moi ce matin, pour faire cet effort.

    2. Je pense à moi demain, et par amour pour moi, pour me faire une petite surprise, je fais l’effort de débarrasser. Je ne le fais pas pour que ce soit propre, je ne le fais pas pour moi maintenant, je le fais par respect pour celle que je serai demain.

    Le lendemain, j’ai oublié cet épisode de rangement, et je découvre une table toute propre : j’ai un sentiment de gratitude et d’amour envers moi-même, et je m’envoie à travers le temps un petit message affectueux : « Merci ma vieille d’avoir pensé à moi, c’est super sympa. » Et ma journée commence bien.

    Aimez-vous vous-même.

  5. Lucie dit :

    Je suis découragée, je sens que ma fille et moi on a besoin d’être pris par la main, ou bien que ça va nous prendre toute une vie a nous organiser. Je sais que le mieux est petit à petit et ça me fait du bien de vous lire tous, vraiment ce blog est une belle trouvaille 🙂 Avant hier, j’étais sereine face a mes difficultés et aujourd’hui je me sens accablée…Demain est un autre jour…à suivre

    Merci d’exister article ca ne me tente pas et tdah365 🙂

    • Béatrice dit :

      Merci Lucie, Pour avoir un coup de pouce de type « pris par la main » avez-vous déjà songé à joindre un groupe d’entraide pour avoir du support? Une autre solution pourrait être un coach,ou des ateliers de groupe dans lesquels on « attaque » un problème à la fois. Moi, j’avoue que sans ma médication je suis très inégale passant de super motivée à complètement découragée.

  6. Merveilleux ces articles et commentaires… Merci à vous tous.

    Louise

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